Fin 2008, notre association a tenu à rendre hommage à cette jument Haflinger que son propriétaire a retrouvée tuée "pour sa viande" dans son pré.
Voici le photomontage que nous avons exposé à l'occasion des Rencontres Photographiques de Lamotte-Beuvron, dont le texte est reproduit ci-dessous.
Bonjour, je m’appelle Quamille.
Je suis une ponette de la race « Haflinger », regardez comme ma crinière et ma queue blanches font bien ressortir ma robe alezane, tout le monde dit que j’suis belle !
Je suis née le 21 juin 2004, au domaine de la Voie Lactée, à Eschviller (Volmunster), ça se trouve en France, en Alsace dans le département de la Moselle précisément.
Je viens juste d’avoir 3 ans en juillet 2007, quand nous arrivons ma demi-sœur Quanelle et moi, chez Thierry.
Nous ne sommes pas seules là-bas : depuis qu’on a fait connaissance avec Lou et Gamin, deux autres poney Haflingers comme nous, on forme la bande des 4 !
Thierry, c’est mon maître, son nom c’est GEORGETON, il est de la race des « humains très gentils ».
On s’entend bien tous les deux, je suis douce avec lui et il me le rend bien, on se fait souvent des câlins pour se montrer comme on s’aime !
Peu de temps après notre arrivée à Quannelle et à moi, Thierry demande à Gamin (lui c’est le plus vieux de notre bande) de nous apprendre à mener un attelage.
C’est du travail quand même, mais c’est facile et très amusant. On est tellement douées qu’en même pas un mois on arrive à se débrouiller toutes les deux, de vraies championnes !
Faut dire que Foli, notre ancêtres du Tyrol nous a légué plein de bonnes choses à nous, les Haflingers. Nos qualités les plus reconnues sont docilité, intelligence, polyvalence (selle, attelage, saut d’obstacle, dressage, etc …), et c’est pas moi qui l’dit, c’est Wikipédia !
Bref, comme nous sommes prêtes Quannelle et moi, Thierry décide de fonder son entreprise. Nous sommes le 2 janvier 2008 et il crée « Les attelages du Verzenay », ça se trouve à Verzenay, comme son nom l’indique, au n°16 de la rue Moët et Chandon, vous connaissez ?
Alors, c’est la belle vie, quand on ne travaille pas, on s’amuse, et quand on travaille, on s’amuse aussi parce qu’on fait de chouettes balades.
En fait notre travail, c’est promener les gens.
Parfois c’est pour leur faire découvrir la région, on va vers le phare en prenant les petits chemins de vigne, puis on passe par le vieux moulin, et le four à chaux, et on revient en empruntant l’ancienne ligne de chemin de fer, c’est super joli !
Thierry lui, il explique tout, c’est ça son boulot … la vigne, le vin, l’histoire et la région, le terroir viticole, il connaît tout ça, il sait plein de choses mon Maître, c’est passionnant de l’écouter !
Des fois les humains ont même le droit de goûter du vin … pas nous, dommage !
Et puis parfois aussi, on promène des jeunes mariés, alors on a la plus belle des calèches de la région, elle s’appelle Milord, elle a plus que 100 ans mais elle brille comme un sou neuf.
Faut voir comme on est fières et heureuses ces jours-là de tracter l’attelage avec Quannelle !
A ce moment-là c’est ma période grand bonheur.
Le soir, Thierry nous amène à la pâture, c’est là qu’on se repose, on peut brouter tant qu’on veut, courir, jouer, on a de l’espace : 4 hectares !
Je me sens bien.
Et puis vient cette nuit, ma dernière, j’me rappelle bien parce que c’était le week-end de Pâques 2008, des gens viennent me voir, il fait noir mais ils ont l’air gentil, ils m’appellent, m’attirent près de la clôture. Je m’écarte des autres, je m’approche d’eux et là, je ne me souviens plus très bien, j’ai dû m’évanouir.
Je m’réveille j’ai des ailes, comme un petit oiseau, plutôt un ange, je ressemble à Pégase, je survole la pâture, c’est déjà le matin.
On est lundi, le 24 mars 2008 précisément, Thierry est là, il pleure sur ce qui reste de mon petit corps morcelé étendu dans une mare de sang sur le chemin.
Du vrai travail de boucher, ceux-là étaient de la race des méchants, des « humains pas humains », ils sont venus m’assassiner, me dépecer, ils ont découpé et emporté mes quatre membres. Ils ont même prélevé les filets de chaque côté de ma colonne vertébrale.
Ils ont volé ma vie de bonheur, elle m’appartenait pourtant, et tout ça seulement dans le but de revendre ma viande, ma chair à moi ! pour gagner quoi ? quelques centaines d’€uros ?
Quel gâchis, quelle cruauté, je voulais passer le reste de ma vie avec Thierry, je n’avais même pas encore 4 ans, j’aurais pu en vivre jusqu’à 40 !
J’ai envie de parler à Thierry, de l’consoler, lui dire que je l’aime, que j’pense à lui … lui dire :
« MERCI, merci pour tous ces bons moments que tu m’as offerts,
merci de m’avoir permis d’être heureuse avec toi.
Par chance, quand j’ai envie de te retrouver,
il me suffit de repenser aux bons moments
que nous avons passés ensemble,
c’est mon secret, un pouvoir magique.
Je te le confie pour que tu puisses t’en servir
et me retrouver toi aussi, dans ces moments de bonheur
que jamais personne ne pourra plus nous voler ».
Quamille
Parce qu'il est important de faire savoir que des hommes ont été assez cruels ou stupides pour en arriver là,
parce qu'il faut que cela n'ait plus jamais lieu... je me permets de reprendre le texte qu'avait écrit son propriétaire, qui a supprimé depuis le blog qu'il avait fait à l'époque pour sensibiliser le grand public ; je vous épargne les images atroces de cette boucherie.
Bonjour,
C’est la première fois que je vous écris, et c’est
malheureusement pour vous annoncer une bien triste nouvelle : ce matin
j'ai découvert une de mes 2 petites juments d’à peine 4 ans - Quamille -
découpée sur place dans la pâture au milieu de ses compagnons. Quamille
était une jument Haflinger issue de l’élevage du Domaine de la Voie
Lactée, à Eschviller en Alsace (http://www.lavoielactee.fr)
Je
suis très choqué car j’aurai en mémoire, pour le reste de ma vie, ces
images de boue, de sang, de barbarie. Ses doux yeux sont encore ouverts
et semblent me demander ‘’Pourquoi ? Moi qui était si douce, si
gentille, si caline et qui travaillait depuis 6 mois à l’attelage avec
ma demi-sœur Quannelle, moi qui tirait souvent pour 2, et qui faisait
tant confiance aux humains – trop confiance’’
Ma petite
entreprise venait tout juste d’être créée le 2/01/2008 et je commençais à
travailler avec Quamille et Quannelle. Cet après-midi je me sens seul
et Quamille me manque déjà trop. J’ai mis Quannelle à l’abri de la folie
des hommes, mais pour combien de temps ?
Je tiens à vous faire
parvenir 4 photos terribles du triste spectacle que j’ai découvert hier
matin. Elles sont en pièces jointes. Les "bouchers d’une nuit" ont
découpé méticuleusement les 4 membres et les "filets" du dos de chaque
coté de la colonne vertébrale. Je vous autorise à publier ces images
pour que l’on sache de quelle barbarie sont capables les humains, pour
s’amuser, pour manger de la viande de cheval ou pour ce satané argent
qui nous gouverne…
Les Attelages de Verzenay sont en deuil.
Mais
la vie garde ses priorités et il faut maintenant réparer les dégats
infligés aux survivants. Et il faut surtout repartir vers l’avant,
recréer une nouvelle paire à l’attelage, panser les plaies de l’âme...
et essayer d’apprendre à pardonner…
Bien cordialement,
Thierry GEORGETON
Les Attelages de Verzenay
16, rue Moët et Chandon
51360 Verzenay - France
Tél. 06.32.82.93.27 / 03.26.49.41.77
attelages-verzenay@orange.fr
http://www.attelages-verzenay.com
Bon courage Thierry.